Une vie qui passe

20/03/2015 21:37

Aujourd’hui, c’était vendredi et donc la fin de semaine. Elle se termine invariablement comme elle a commencé, c’est à dire en prenant le bus.

J’ai environ 45 minutes de trajet, “one shot”, car le #8 est direct, il me pose devant chez Benita, presque dans son salon. J’ai un peu de chance, lorsque je pars le matin, le véhicule n’a fait que deux stops avant moi, donc il est presque vide, et il m’amène à son terminus, ce qui fait que je me cale dans un siège et je n’en bouge plus jusqu’à Hamilton Street.

C’est un moment que je finis par apprécier ; il me permet de passer une petite vingtaine de minutes à réviser mon vocabulaire sur mon iPhone. C’est quand même bien pratique, car c’est le «warm up» du «warm up» pour moi (il y en a un autre en classe de 9h à 9h 30). Une fois remisés les mots, j’observe le bus se remplir station après station.

Quel que soit le temps, l’heure, ou l’endroit, les bus sont vite pleins à Vancouver. À croire que tout le monde aime prendre les transports en commun. Benita m’a expliqué que le parking était hors de prix (5$ l’heure dans le downton), aussi les gens préfèrent s’arrêter, se garer et terminer leur voyage collectivement. J’avoue que je n’ai jamais vu de congestions (embouteillages en québécois) ici.

Je passe le reste de mon temps à détailler ceux qui montent dans le bus ou qui descendent. Je me demande toujours lorsque je vois des jeunes étudiants, quel seront leurs destins. Ici à Vancouver ou ailleurs ? Avec réussite ou pas ? Un peu comme ce bébé dans sa poussette qui deviendra un génie des maths, un prix Nobel, un astronaute, un cordonnier, un grapheur, un rugbyman ou autre… Qui le sait ? Peut-être même tout ça à la fois.

D’ailleurs c’est une question sans réponses pour moi : combien ai-je croisé de Nobeliste dans ma vie avant qu’ils ne soient récompensés ? Un, dix, zéro ?

Ici, les mamans montent avec les landaus à roulettes dans les bus, car il y a des emplacements spéciaux. C’est exactement la même place pour les personnes handicapées, tout est équipé afin que les fauteuils roulants aient un accès aisé. Mais, il y a quand même un truc que je ne m’explique pas ! Jusqu’à présent, lors de quasiment chaque voyage, une poussette ou une personne handicapée occupent l’endroit dédié. Je me suis très vite demandé, comment cela se passerait-il si une deuxième personne dans ce cas décidait de prendre place à son tour ? Et bien, croyez-moi si vous voulez, mais ce n’est JAMAIS arrivé ! Depuis presque deux mois, je n’ai vu personne se battre pour occuper cet espace ! Donc il doit y avoir un truc, ce n’est pas possible. Genre, un signal sur le devant du car. C’est que je m’étais dit, mais dans ce cas, j’aurai aperçu des gens rester à quai et attendre le suivant… Je ne l’ai pas constaté. Ou alors, le hasard a décidé d’accompagner le handicap et la petite enfance sans jamais les opposer, ce qui est noble et ce qui évite bien des ennuis. J’imagine ça chez nous ; en bons Français râleurs, “j’étais le premier, non, c’est moi, je vous dis que c’est moi, et la girafe Sophie de voler à travers le bus ou le fauteuil télécommandé se transformer en 4X4 !

Vous voyez le décor, n’est-ce pas ?

Je croise aussi des gens que je reconnais, comme ce musicien accompagné d’un étui qui dissimule surement un instrument à cordes ou pour les nostalgiques du “Grand blond avec une chaussure noire”, une mitraillette. Non, ça, c’est pour Niack, mais il ne prend pas le #8 avec moi. Savoir ce que deviendra ce “guy” ? Virtuose à Vienne ou joueur de folklore dans la Ganville Street ? Il est si jeune, comme le pompier, il commence en bas de l’échelle. D’ailleurs, il sera peut-être pompier un jour, ce qui accordera nos violons.

Il y a aussi un “guy” à l’allure dégingandée comme “Huggy les bons tuyaux” dans Starsky et Hucht? Vous vous souvenez ? Il est toujours en dilettante, rythmant sa démarche avec son pouce et son index au son d’une musique qui n’existe pas. Il a une dégaine peu académique, mais une bonne tête ! J’ai l’impression que c’est un jukebox sur pattes, il monte et descend exactement au même endroit. Je ne sais pas où il va, mais avec ces grandes jambes, il fait son chemin.

J’ai également remarqué une vieille dame qui en toute circonstance prend son parapluie même lorsqu’il ne pleut pas. J’en déduis que c’est sans doute pour l’aider à marcher. Elle finira bien par retrouver sa canne, mais j’ai du chagrin à l’idée de penser que ce jour-là, il tombera des cordes ! J’aperçois aussi le facteur qui commence sa tournée. Je me suis dit qu’il devrait relever les noms de tous les gens et leur distribuer leur courrier. Ce n’est pas bête, non ? Bon, il faut régler la logistique, mais pourquoi pas !

J’avoue, je n’ai pas compté précisément, mais il y a plus d’iPhone (le nom générique est le smartphone, mais je ne vous raconte pas de blagues, ici tout le monde à un iPhone) que de personne dans le bus ! Il n’est pas rare de voir les “guys” jongler comme ce business man, tiré à quatre épingles qui “essèmesse” diaboliquement vite.

Ce qui est frappant aussi, c’est que personne n’ose se regarder, j’ai cru au début qu’ici, les gens ne pouvaient pas se voir. Mais pas du tout, en fait, ils se parlent par SMS, même dans le bus. C’est ce que ma grande taille m’a permis de vérifier aujourd’hui lorsque j’ai lu le message de ma voisine qui disait à sa mère (je supposais) postée devant “go down, next stop !”

A mon tour, je viens d’arriver. J’ai falli manquer la 55e… Pourtant, j’ai le coup d’oeil !

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