Dans le baba

10/03/2015 20:17

Désormais, je ne prends plus qu’un seul bus le matin. Le numéro huit me dépose dans le downton, il reste ensuite quinze minutes à pieds pour rejoindre CSLI. Je me suis épuisé à attendre le 41 où chaque jour s’affiche le même message, “sorry, full” au-dessus de la tête du chauffeur. Et puis, autre raison, je n’ai jamais revu Mohican sur ce trajet…

Mes quinze minutes à pied me font arriver derrière l’école ; j’emprunte  un chemin vide de tout Starbucks, ce que j’avais trouvé inquiétant les premières fois (il y a une faille dans le quadrillage de la marque de Seattle). Néanmois, je tombe sur un Coffee shop (Wave Coffee) dont j’apprécie vraiment les Latte. Ce matin, j’ai stoppé ma course pour prendre commande. Comme dans les autres “Coffee”, on te demande ton prénom qui sera inscrit sur ton gobelet. Il est aussi d’usage de remercier le ou la vendeuse par son nom puisqu’il est visible sur son badge.

- Thank you Ali !

- You’re welcome, me répondit-elle En pouffant de rire.

Je vous jure que je n’ai pourtant pas fait de gaffes monumentales. J’ai juste commandé mon Latte. Je passe de l’autre côté pour récupérer le breuvage chaud, et là, de nouveau de grands esclaffements de la part de sa collègue cette fois-ci qui terminait de me servir. Je compris enfin ce fou rire devenu collectif, car Ali rigolait aussi ! Eh oui, les deux jeunes serveuses portaient le même prénom et ça les faisait bien marrer. Ça m’a amusé. Ce prénom n’étant pas courant pour une fille, alors deux… Le troisième collègue qui oeuvrait juste derrière les filles devait en convenir, car il me regardait avec lui aussi un grand sourire.

D’un coup, il se bidonna franchement lorsqu’ il vit ma tête changer à la vue de son badge !

“Pas possible !” m’exclamais-je en français et bien malgré moi. “Mais il y en a combien dans la baraque ?” Le guys s’appelait aussi Ali ! Un truc de fou… J’étais le seul à ce moment-là à me faire servir et j’ai bien compris que la scène les amusait beaucoup. Ali (first) avait du mal à se contenir, Ali (second) était sans doute la plus touchée par des spasmes pendant qu’Ali (third) tentait de s’occuper pour couper court à ce manque flagrant de sérieux. Mon problème (du moins un de mes problèmes) en anglais est que je pense beaucoup en français avant de m’exprimer, et là, devant cette situation inattendue, j’ai lâché très spontanément que “leur boss devait s’appelait Mohamed Ali”, ce qui relança naturellement le fou rire (visiblement, ils connaissaient bien le champion), ou bien repris-je, c’est Ali Baba… (silence d’un coup).

- Who ? Répliqua Ali(s)

Aïe, la tuile, il faut que j’explique qui est Ali Baba… P… J’aurais dû la fermer !

Sans perdre mon sang-froid, j’osais en anglais, bien sûr, pas le choix :

- Ali Baba is the main charater from story Thousand and one night…

Devant les yeux ébahis de ceux qui étaient devenus mes clients désormais, je compris que je faisais fausse route. Je me dis aussitôt, “p… le conte des Mille et Une Nuit doit avoir un nom propre ici ! De même qu’Ali Baba.” Aïe, aïe, je suis dans l’impasse, l’étau se referme. Je n'ai pas la petite info. Où comment d’une bonne blague sympa et drôle, je me retrouve à devoir m’expliquer devant trois personnes qui attendent des aveux sur qui est ce fameux Ali Baba suspect ! j’étais aveuglé non pas par la lumière dans le visage, mais par le trop-plein de confiance que j’avais eue dans cette affaire. Et dire qu’à un moment j’avais imaginé larguer un redoutable “Ali Semoun” : le carnage !

Bref, je me suis souvenu alors que les “Dupondt” ici, s’appelaient “Thomson et Thomson”. On n’est peut-être pas très loin de la vérité, si ça se trouve, Ali Baba, c’est Ali Baby, ou Chéri Bibi… Non, c’est un autre guys ; tant pis, j’essaie…

“Pas de réaction ? Vraiment ? Vous ne savez pas qui c’est ! Bon… “ Allo maman Bobo…

Je ne peux quand même pas leur expliquer que pour nous, Ali Baba c’est aussi Fernandel dans les années cinquante… Déjà que ma cote a chuté comme la température d’Hawaï à Vancouver, je n’en ai pas rajouté.

J’ai finalement clos le débat avec Mohamed Ali, les trois personnages de cette petite histoire avaient encore la banane quand je me suis souvenu d’un dessin animé de Walt Disney qu’on a tous vu et revu. Exactement comme les Mille et Une Nuit, la traduction n’est pas littérale.

Juste avant de repartir avec mon café, je tenais à sauver l’honneur quand même. Un peu comme au casino lorsqu’on veut se refaire, on joue son va-tout, alors je lançais un désespéré : “here, it’s Ali in Wonderland” (Ali au pays des merveilles). Ça les a fait bien rire… ouf ! Je m’en sors par une toute petite trappe, mais que c’était drôle ;)

Je me suis dit, “ça mériterait bien mille et un cafés gratuits” !

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